Qu’est-ce qu’être sur scène lorsqu’on vieillit ?
Qu’est-ce qu’avoir été sur scène toute une vie ?
Pierre Trapet l’a été…. et il l’est toujours malgré les problèmes de mémoire, les problèmes de l’âge… Il conte sa propre histoire et ça fout les poils, et ça fait marrer.
Presse:
D’un pas tranquille, il arrive sur scène, l’air un peu perdu. Il va nous raconter son histoire, ça y est il commence quand soudain, une voix impérieuse venue des coulisses l’interrompt : « Tu parles trop lentement, reviens et recommence ! » Il obtempère. L’entrée en scène pour un acteur est fondamentale ( la sortie également mais nous n’en sommes pas encore là).
Il, c’est Pierrot ; comédien, il joue son rôle, il joue sa vie. A ses côtés, la voix autoritaire est celle du souffleur, ombre fugace d’habitude, visage anonyme caché sous une trappe, mais ici c’est un corps imposant, envahissant, qui bouge, et parle à tout propos.
Heureusement Pierrot a de la bouteille, il enchaîne, il nous dit le monde qui va comme il va, que quelquefois la terre tourne (avec Galilée), il convoque ses souvenirs, ses lectures, ses impressions, il clame son amour du théâtre.
Dans un souffle, comme par inadvertance, Pierrot glisse cette confidence : « J’ai des soucis de mémoire, des difficultés parfois à retenir mon propre texte. » Furtif, un ange passe : « Holà, l’équilibriste, tu plaisantes, Pierrot ou quoi, qui parle ? ». Déjà le monologue est lancé, gerbes de répliques drôles, crépitantes, improvisées ou vite interrompues, car décidément ce souffleur, tour à tour indifférent ou intrusif, prend trop de place, il faut le rabrouer. « Ton rôle (dit Pierrot) est de souffler, pas de me donner des conseils de jeu. »
Progressivement les deux personnages s’apprivoisent et Pierrot le comédien rigolo joue sur tous les registres: humour, sensibilité, poésie, il fonce ou se recroqueville. « Je me racrapote ou me carapate » s’ exclame-t-il .
Toujours sur le fil, un pied dans vide, au bord de l’ accident, mais rattrapé à chaque fois par le filin du souffleur : chapeau, l’artiste !
Un texte qui s’ enroule, se déploie autour de ce fil invisible mêlant parfois l’art et le réel. La connivence et la tendresse entre deux comédiens qui jouent à se surprendre, à nous surprendre : « Étonne-moi ! » lançait ainsi Diaghilev à son ami Cocteau.
Une réflexion profonde sur le concept du mentir-vrai cher à Aragon: ces fameux trous de mémoire, hantise de l’ acteur sur scène, sont-ils ici volontaires ou involontaires, vrais ou faux ?
En tout cas, chaque représentation de ce spectacle est unique : durée, déplacement, improvisation, tout bouge, tout se construit dans l’ instant, comme dans la vie.
Un décor nu: deux chaises, un paravent, un prie-Dieu. Lieu sacré du théâtre animé par le souffle des grands textes, avec au passage un bel hommage à Samuel Beckett.
Les réservations en ligne ne sont pas disponibles pour cet évènement. Merci de réserver par mail à theatrethenardier@gmail.com
