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Spectacle, théâtre et marionnette
D’après Les Misérables, Victor Hugo
Adaptation et mise en scène: Alain Blanchard
Avec: Mélanie Depuiset et Jérôme Soufflet
Régie: Céline Romand
Construction marionnette: Einat Landais
Musique: Bratsch
Avant propos
Cette « Fantine » n’est pas une adaptation, c’est une trahison. Parfois on ne peut pas faire autrement : trahir pour mieux servir. Tout le monde connaît (ou croit connaître) Les Misérables. Et c’est bien là le problème… Mais qui a lu le roman ? Deux mille pages… Et je me dois d’être honnête : moi non plus je ne l’avais pas lu, pas plus d’ailleurs que Notre Dame de Paris. Et pourtant, vous et moi, nous en connaissons tous les personnages…
Les Misérables, Fantine, Javert, Jean Valjean et le petit Gervais, Gavroche et Marius, Eponine Thénardier, dite Thénard et consorts… Ce ne sont pas des personnages, ce sont plutôt les santons de notre crèche républicaine penchés sur le berceau de Cosette… Mélo, romantisme, humbles héros positifs… tout y est et Victor Hugo est un Génie incontestable.
Alors me voilà devant ce que l’on appelle une « commande » que j’accepte parce qu’elle m’est demandée par peut-être Fantine elle-même. Je sais ce que représentent les personnages féminins dans la littérature ou le théâtre populaires du 19e siècle : elles sont le Peuple et la République, rien de moins. Or nous sommes au 21e siècle et le Peuple veut s’appeler la Classe Moyenne, et la République… Mais passons. Comment faire, surtout si l’adaptation se limite à l’histoire de Fantine ? Résumer ?
Alors voilà mon idée : il ne s’agit plus aujourd’hui d’édifier les braves gens et encore moins de « tirer les leçons du passé ».
J’ai bien connu Fantine et je vous jure que ce n’est pas un fantasme d’auteur. Les filles du Peuple « celles qui souffrent de la misère et que la misère déshonorent » courent encore les rues. Comment les évoquer ?
J’ai imaginé que l’arracheur de dents, celui là même qui coupa les cheveux de Fantine et lui acheta les « perles de sa bouche », celui là donc qui lui ôta toute séduction pour lui entrouvrir la fosse commune, celui là même qui écrivit les lettres de Fantine aux Thénardier, prit un jour la route flanqué d’une « assistante ». Ils se présentent au public tous deux propriétaires d’une « poupée Fantine » ; et ils cheminent jusqu’à nous en racontant un mélo-tragique intitulé Fantine ou le désir coupable à même de fendre les cœurs les plus durs à commencer par celui de notre arracheur de dents. Mais attention, rien n’est simple dans mon histoire : l’arracheur de dents est amoureux de Fantine ce qui ne l’empêche pas de la vendre car il est aussi proxénète. Soyez rassurés : c’est une métaphore. Les proxénètes n’existent pas et l’exploitation de l’homme par l’homme non plus.
Pourquoi cette trahison ? Parce que raconter aujourd’hui cette histoire telle qu’elle a été écrite n’a plus le même sens. D’autant plus que les adaptations de tous poils, réussies ou pas, ne s’en tiennent souvent qu’à l’anecdote.
Pour entrer dans le domaine public il faut savoir le caresser dans le sens du politiquement correct. Sous la plume de Victor Hugo, il l’écrit en toutes lettres, le corps des pauvres n’est qu’un objet que la Société négocie à sa guise. Il est soumis à la Loi du Marché (c’est écrit aussi). Bien avant la sociologie, messieurs dames. Mais souvent, dans les adaptations, ces lois mercantiles sont remplacées par la « Fatalité » qui fait pleurer dans les chaumières et excite les indices d’écoute.
Voilà pourquoi Fantine ou le Désir Coupable est raconté par des « gens du peuple » et pas des sociologues. Voilà pourquoi Fantine est une marionnette à qui l’on fera subir tous les outrages. Mais quoi, ce n’est qu’une conséquence de la Loi de l’offre et de la demande !
Alain Blanchard
EXTRAITS DE PRESSE:
« Qui se souvient de Fantine. la mère de Cosette ? Que représente-t-elle vraiment aujourd’hui ?(…)
Avec néanmoins ce qu’il faut d’humour pour faire passer le pire, ce spectacle dénonce avec sincérité, talent et humanisme la corruption, la détresse et la misère, il est véritablement violent et troublant.
Une des perles rares de ce Off 2008.»
Maya Saraczynska- LeMonde.fr
« Laissez-vous emporter par la grâce de cet apologue tragique qui se joue hors du temps… Fantine, ce nom nous est aussi familier que celui de Cosette, de Monsieur Madeleine ou de Javert mais qui se souvient vraiment d’elle ? Que représente-t-elle aujourd’hui ? C’est ce que montrent deux comédiens qui par leurs jeux troublants raniment la figure oubliée de cette mater dolorosa.(…)
(…)Victime d’une société corruptrice qui se nourrit de la détresse, Fantine est cette allégorie troublante, éternelle, de l’innocence sacrifiée qui s’éteint dans la dignité des humbles et des anonymes. »
Bérénice Fantini- Rue du Théâtre
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